COLLAPSUS – UTOPIE DE LA RESILIENCE

Et 500 grammes de résilience ! Il y en 100 grammes de plus… on les met quand même ?

Quelle résilience ? Celle de l’ « Opération résilience » de l’armée française ? La résilience des entreprises ? La résilience du chat après sa chute du toit ? Abusivement employé à toutes les sauces, voilà le terme devenu fourre-tout destiné à conjurer notre destin contrarié par la crise du Covid-19. La confusion sémantique, le dévoiement conceptuel de ce qui ne devrait pas quitter la sphère intime peut-être paradoxalement propice à une introspection collective salutaire.

L’origine « naturelle » du bouleversement actuel est une formidable opportunité de regard critique sur l’anthropocène.

Parmi les réflexions sur l’effondrement, « Collapsus », Collapsusl’ouvrage dirigé par Laurent Testot et Laurent Aillet (Albin Michel – Mars 2020) offre un remarquable panorama de témoignages par de nombreuses personnalités sur « Changer ou disparaître – Le vrai bilan de notre planète ».

Dans sa contribution, Christian Godin, professeur de philosophie, aborde le rapport de l’humanité à la nature, un regard ambivalent d’attirance-répulsion, notamment à partir des temps dits modernes, dans un monde post-prométhéen où « l’être humain finit par n’aimer en priorité que ce qu’il produit lui-même de son cerveau et de ses mains. »

« Appuyée par une connaissance scientifique pour laquelle il n’y a plus de mystères, mais seulement des problèmes, la technique verra s’ouvrir devant elle un champ infini de manipulations possibles à mesures que les tabous sauteront les uns après les autres. cela permettra l’apparition d’une économie mondialisée, que l’historien Werner Sombart, audébut du XXème siècle, appellera « capitalisme », au sens où, pour cette économie, la totalité du réel donc la nature entière, doit devenir marchandise et source de profit.

(…) La nature, c’est la vie (…), c’est l’aléatoire avant que les biotechnologies ne l’inversent en nécessité économique. Elles représente par conséquent, par elle-même, une blessure insupportable infligée à l’orgueil de l’être humain.

(…) Derrière le présupposé amour de la nature, qui a une fonction de déni, c’est donc bien à une véritable haine de la nature que nous avons affaire. Certes cette haine est presque toujours implicite, inavouée et inavouable, car, comme toute haine, elle provient d’un désir inconscient d’autodestruction. Ceux qui, face à la menace imminente de la catastrophe globale, se bercent encore de l’illusion « d’un instinct de survie » ou d’une « réaction salutaire » ne prennent pas la mesure de la puissance dévastatrice des pulsions de mort que les progrès mêmes de la techno-économie ont déchaînées sur le monde. »

Un désir d’autodestruction exacerbé par des interactions sociales et économiques de plus en plus complexes à mesure que la destruction créatrice favorisée par l’innovation permanente dans un système mondialisé mène une population de 8 milliards d’humains à craindre pour sa survie.

Des questionnements existentiels renforcés par la solastalgie ou éco-anxiété évoquée plus loin par Renaud Hétier qu’on peut hâtivement corroborer avec « le grand tabou contemporain de la mort » cité par Patrice van Eersel (ibid).

L’insatisfaction manifeste et l’aveuglement face aux enjeux environnementaux générés par un consumérisme absurde ne risquent-ils pas d’être à nouveau relancés par l’après-crise ?

C’est en tous cas l’opinion de Michel Houellebecq dans sa lettre lue par Augustin Trapenard sur France Inter le 4 mai dernier : « Nous ne nous réveillerons pas, après le confinement, dans un nouveau monde ; ce sera le même, en un peu pire. »

 

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