ECOLOGIE/PROGRES SOCIAL

Photo J.Henri Fair
Pierre CHARBONNIER est agrégé et docteur en philosophie, chargé de recherches au CNRS, et membre du Laboratoire Interdisciplinaire d’Etudes sur les Réflexivités (IMMEHESS). Ses travaux portent sur l’histoire des sciences sociales et de la pensée politique, et notamment sur la façon dont elles prennent en charge le problème des relations entre nature et société.

Retour sur un long entretien pour le site revue-ballast.fr le chercheur évoque les contradictions des mouvements écologistes dont la profusion confine parfois à l’auberge espagnole voire aux dérives sectaires… Une réflexion qui -faute de solution miracle- ouvre un certain nombre de pistes vers le progrès social. 

Extraits de cet article passionnant que nous vous engageons vivement à consulter :

Entretien Pierre Charbonnier/revue Ballast

On pourrait dire que l’écologie, comme le socialisme en 1830, se trouve encore dans sa phase infantile, qu’elle a besoin de se structurer idéologiquement et intellectuellement.

(…)il faut enseigner les humanités environnementales aux étudiants, voire aux lycéens.

Les militants pour la justice climatique ont un magnifique slogan, beaucoup repris depuis : « Nous sommes la nature qui se défend. »

L’essentiel est de montrer comment nous sommes devenus tributaires des objectifs de croissance et comment des dispositifs de mesure sont devenus des instruments de gouvernement, c’est-à-dire comment des moyens sont devenus des fins. De ce point de vue, c’est (la décroissance) sans doute un des programmes intellectuel et politique les plus importants du monde contemporain.

Invoquer la fin du monde dans une société sécularisée, c’est toujours s’exposer au risque que la majorité préfère affronter la mort plutôt que le changement de mode de vie.

Le bouleversement que nous connaissons exige que l’on repose à nouveaux frais la question des libertés collectives, la question du droit, la question de l’égalité.

Nous sommes submergés par des problèmes politiques infantiles et stériles : comment se protéger contre l’autre, par des frontières, des identités, des douanes ?

(…)si on remarque que les agrosystèmes actuels sont obligés de faire artificiellement ce que les abeilles et autres insectes pourraient faire d’eux-mêmes, on voit bien qu’il y a un souci.

(…)si l’on catégorise comme inégalités environnementales, par exemple, l’inégale exposition aux risques sanitaires (qui est manifeste !), on se condamne à faire coexister différents types de normes, et donc à les pluraliser et à les fragiliser.

(…)il y a un autre espace de référence qu’on oublie 99 % du temps, sauf quand on est écologiste en principe, c’est notre empreinte écologique : la quantité d’espace biophysique nécessaire pour entretenir notre forme de vie(…)

Si on veut se diriger vers une transition énergétique avec des renouvelables — du solaire, de l’éolien, etc. —, cela veut dire concrètement qu’on va commencer à planter des éoliennes dans le jardin des gens, à nouveau à portée de vue. Et là, c’est inévitable, les gens râlent.

(…)il ne faut pas sous-estimer l’inertie de la classe moyenne avec ses maisons mal isolées et ses réflexes automobiles, toute cette population qui vit encore dans les Trente Glorieuses comme si cela allait durer indéfiniment.

Il faut (aussi) soutenir la constitution d’un droit environnemental sérieux (…) un droit de propriété qui transforme en profondeur ce qu’il est licite de faire avec la terre et ce qu’elle contient.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.